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Et l’amour dans tout ça ?

lundi 29 janvier 2007, par Pascal Depienne

Janvier 2007, je fais mes douloureux « au revoir » à la Chine et aux bons amis qui m’ont accueilli pendant deux ans avant de prendre le train pour Canton. Je m’envolerai quelques jours plus tard de Macau pour la Thaïlande ou je dois rejoindre mes parents pour des retrouvailles sous les cocotiers. Je rendrai ainsi visite à Sam, un de ces amis coup de foudre, maintenant exilé pour des raisons professionnelles, et qui ne souhaite que de s’exiler en effet, mais avec sa femme et à l’étranger.

Je viens de boucler, si l’on peut dire, deux années inoubliables passées à Xiangtan (province du Hunan) à enseigner, entre autre, le français et l’anglais à l’université. L’émotion a atteint son comble le soir de mon départ il y a déjà une dizaine de jours maintenant, il m’est donc plus facile d’en parler maintenant. Pour être honnête, je n’avais pas pleuré comme ça depuis très longtemps, depuis la dernière fois ou j’ai eu l’impression que l’on m’arrachait le coeur, mais ces larmes, précieuses parceque rares, sont venues rendre hommage à ceux qui m’ont tant donné et en qui je me suis retrouvé. Ceux-là même qui vous ont rempli pas mal de verres et à qui nous disons "au revoir" avec une inquiétante incertitude quant à nos prochaines retrouvailles.

Ces larmes, je les ai versées de bon coeur, ou plutôt crachées, vomies aux rythmes de vagues violentes remontant des tripes, convulsives et incontrôlables, chaque spasme libérant un peu plus la tension émotionnelle accumulée pendant ces dernières semaines. C’est d’abord sur l’épaule droite de la femme qui m’a accompagné pendant une bonne partie de ma Chine que j’ai éclaté en sanglots. Je la revois encore passer la soirée assise, dans un coin du restaurant d’abord puis au bar ensuite, tournant le dos, tricotant avec l’ attention qu’ a une mère pour son nourrissons (mourant, devrais-je ajouter), une poche en laine bien pratique destinée à protéger, près du corps, tous les sous qui allaient me suivre. C’était comme si la confection même de ce dernier présent la protégeait des émotions intenses et de la tension dramatique qui menaçait d’ exploser. Elle s’y accrochait avec une telle force que c’en était vraiment touchant. Tellement touchant car si sincère, presque angélique. A tel point qu’ après avoir tout essayé pour m’en prévenir : trinquer avec l’ensemble des convives, tenté quelques boutades, m’être enfermé dans les toilettes, tenté de lui parler la voie tellement nouée que j’étais obligé de m’arrêter pour reprendre de grosses bouffées d’air, j’ai finalement explosé en premier en venant poser le menton sur son épaule la moins exposée. Elle n’a pas mis longtemps à se joindre à moi et nos derniers baisers, entrecoupés de sanglots, eurent ce goût salé qui accompagne ces moments de grâce comme pour les immortaliser.

Bientôt, comme pour encourager cet élan et faire taire toute résistance, s’est passé quelque chose que je n’avais encore jamais vécu personnellement. Hui hui (une amie étudiante originaire du Yunnan), qui avait du être touché par cet émouvant spectacle se déroulant presque sous ses yeux, s’est jointe à nous et s’est transformée en véritable fontaine. Puis c’est au tour de Zhang Yi, mon copain, mon poteau, de s’approcher de moi en plongeant son regard humide dans le mien, l’air de dire : « tu vois que je ne me suis pas foutu de ta gueule !! Et maintenant tu t’en vas ! », ce à quoi j’ai répondu en sanglotant, le verre à la main, « wo hui lai » (je reviendrai). Moi qui évite autant que faire se peut de faire des promesses (même si l’envie est grande), je venais d’engager ma parole, sans aucun regrets. Les soirs comme ça, tout l’alcool du monde ne suffirait pas à épancher un chagrin pareil ; et la tristesse, contrairement au désespoir il me semble, n’a point tant de place pour l’ivresse. Mais, la réaction en chaîne ne s’est pas arrêtée là, Gregory, mon ami, mon co-locataire de toujours, s’est joint au mouvement pour former, avec d’autres encore, un véritable concert de pleurs, célébrant l’amitié dans une tempête de mots du coeur, de franches accolades, comme si l’on voulait s’en gonfler suffisamment pour que le temps n’en épuise la source.

Presque tous les « vrais de vrais » étaient présent, presque parceque j’avais déjà eu droit à ma soirée de départ au grand complet la veille : Shally, Greg, Sam, Zhang Yi, Huihui, Song, Fang Fang et d’autres que je n’ai connu que moins longtemps. L’heure du train approchant, ces larmes ayant accompli leurs bienfaits et épuisé leurs sources, ce festival de tristesse ou toutes les causes se sont unies et ou toutes les peines se sont appaisées, tel un orage avant l’ éclairci, laissa tout doucement la place à quelques sourires. Je me surpris même à échapper un petit rire - etje ne suis sûrement pas le seul- car une fois le coeur plus léger et la tension retombée, une fois que l’esprit l’emporte à nouveau sur les émotions, je commençai à trouver dans cette situation quelque chose de tellement beau mais de pourtant si risible que je ne pu résister. Tout était dit.

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