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Kokopelli : une invitation du futur

Le mot du président de Kokopelli

mardi 22 janvier 2008, par Pascal Depienne

Nous sommes au coeur d’une extinction planétaire. Et il importe peu que cela soit la sixième ou la huitième extinction depuis que Gaïa, a émergé du cosmos il y a quelque 4 milliards d’années, une flambée de Conscience jaillissant du coeur de la galaxie pour s’incarner en un joyau bleu : la Terre.

Et cette fois-ci, point de météore à l’horizon, c’est l’humanité qui sombre dans la démence : elle souille son nid, ce qu’aucune autre espèce planétaire n’est capable de faire. Vingt siècles de théologie de l’annihilation ont conduit l’humanité au bord du gouffre. Tous les jours des centaines d’espèces disparaissent, tous les jours des dizaines de milliers d’enfants meurent de faim. L’humanité s’est cancérisée et un manteau de désertification recouvre inexorablement la planète. La biosphère est à l’agonie et les événements de 2007 constituent un pas de plus sur le chemin vers l’extinction globale.

* Le Titanic Agricole est en train de sombrer et les premières déferlantes du “tsunami alimentaire” que nous annoncions commencent à se faire sentir. Les prix sont à la hausse vertigineuse, les récoltes sont médiocres ou complètement anéanties et les stocks sont au plus bas ou inexistants. Cette crise alimentaire, Pierre Rabhi, le vice-président de l’Association Kokopelli, l’a évoquée depuis une quinzaine d’années. La nourriture se fera de plus en plus rare de par la désertification généralisée, de par la stérilisation des sols par l’agro-chimie, de par les bouleversements climatiques, de par l’augmentation de la population mondiale, de par la perte de la biodiversité agricole et de par la folie des nécro-carburants végétaux que certains inconscients (ou criminels) continuent de promouvoir en prétendant qu’ils ne mettent pas en danger la sécurité alimentaire. Ce sont, bien sûr, les pauvres qui dans un premier temps vont souffrir le plus de cette insécurité alimentaire grandissante, les pauvres de l’occident, en nombre sans cesse croissant et puis la petite paysannerie du sud, dont l’agriculture de subsistance a été éradiquée par la globalisation et par les agricultures industrielles du nord archi-subventionnées. De par l’épuisement des réserves, la “charité” de l’aide alimentaire risque même de décroître et puis de disparaître...

* Les bouleversements climatiques se sont dramatiquement accentués : mais s’il est vrai que la banquise arctique est en pleine débâcle et prend l’eau, on assiste davantage à un changement climatique global qu’à un réchauffement. Ce serait même plutôt une disharmonie fondamentale des cinq éléments de la philosophie pérenne : quelque part sur la planète, il fait ou trop chaud, ou trop froid, ou trop humide, ou trop sec et le bois brûle.

* La bulle financière et immobilière, qui est une insulte permanente à la misère humaine, n’a pas encore complètement éclaté parce que les grands gangsters de la finance internationale en ont décidé ainsi en sommant leurs banques régulatrices “d’injecter” en l’espace de quelques jours des centaines de milliards de dollars ou d’euros sans que les grands médias aient posé la moindre question pertinente quant à la nature, à l’origine et à la destination de ces liquidités injectées.

* Et s’il était encore besoin d’un signe des temps : l’Abeille, une des quintessences de la co-évolution entre l’humanité et la nature, se meurt. L’abeille, dans sa générosité, non seulement confère à l’espèce humaine cinq de ses trésors (le miel, le pollen, la gelée, la propolis et le venin) mais elle constitue aussi l’un des vecteurs principaux de la pollinisation des cultures potagères, fruitières et fourragères. Les abeilles disparaissent de la planète et le syndrome d’effondrement des colonies sévit dans de très nombreux pays : les abeilles quittent la ruche sans laisser de traces. Les USA ont perdu, l’hiver passé, entre 60 et 90 % de leurs ruches, en fonction des régions. Les causes peuvent être multiples : pesticides, chimères génétiques, destruction des jachères, dégénérescence des races de par l’insémination artificielle des reines en laboratoire.... et la pollution électromagnétique. En effet, si la téléphonie mobile est capable de brûler le cerveau des êtres humains, les cobayes de l’industrie des télécommunications, elle est sans doute aussi capable de détraquer le système de navigation très sensible des abeilles. Ne serait-ce pas aussi, tout simplement, que les abeilles se fatiguent de l’homme et le désertent ?

La France, qui fut si belle et l’un des fleurons de l’agriculture, est maintenant une poubelle agricole et nucléaire génératrice de cancers. Que propose-t-elle face à ce marasme ? Des réformettes à la sauce Grenelle ! On comprend difficilement comment des fondations et des associations environnementales, dignes de ce nom, peuvent cautionner une telle farce et se compromettre dans le fossoyage du peu d’écologie vivante qui restait dans ce pays. L’origine du financement de certaines ne laissent aucun doute sur leurs motivations profondes et quant aux autres, peut-être en fait ne cherchent-elles qu’à pérenniser un système, fut-il mortifère, bien confortable pour leur existence. Il y aurait même une commission grenelle de biodiversité qui bien évidemment ne parlera que de grenouilles et de plantes messicoles mais ô grand jamais de biodiversité alimentaire pour ne pas fâcher la clique des multinationales agro-toxiques. Et pendant ce temps-là, l’Association Kokopelli est conviée devant les tribunaux... Que les semenciers industriels (qui ne cherchent qu’à imposer leurs semences hybrides dégénérescentes et leurs chimères génétiques) ainsi que leurs laquais d’Etat ne se méprennent pas : l’esprit de Kokopelli est immortel. Ils peuvent briser une structure associative mais comme le chantait le poète “vous n’aurez pas ma fleur, celle qui me pousse à l’intérieur”. Kokopelli est à l’image de la poésie : des paroles semées sur l’autel de la terre. Ce que nous avons semé depuis 14 ans a été semé, que ce soit dans le coeur de l’humus ou dans le coeur de l’humain. Kokopelli est un symbole éternel de fertilité qui émane du passé et qui répond à l’appel du futur : comment aider l’humanité, et toutes les autres espèces, à passer au travers de cette extinction globale ; comment aider l’humanité à recouvrer le chemin vers la Sagesse Planétaire, pour libérer les Semences et l’Humus, certainement, mais aussi pour libérer la Conscience Humaine de cette erreur fondamentale qui semble y avoir été implantée depuis bien longtemps. Serait-ce l’illusion que l’homme puisse dominer la Nature ?

Kokopelli, dans les traditions Amérindiennes, est aussi un “trickster” : il ne joue pas le jeu, le jeu des conventions sociales stérilisantes, le jeu du complexe victime-perpétrateur à la base de tout le système occidental depuis 2000 ans, le jeu de l’esclavagisme économique. Kokopelli est un hérétique dans le sens Grec du terme, “heresia” ou “capacité de choisir”. L’Association Kokopelli ne joue ni le jeu d’un catalogue franco-français à la solde de l’agro-chimie, ni le jeu de dupe de la concertation avec des institutions politiques qui se moquent du bien-être des générations futures et de la survie même de l’espèce humaine et du reste de la biosphère. Kokopelli joue le jeu de la Fertilité (du latin, “fero”, porter). Et même si la prise de conscience globale ne provoque pas encore le raz de marée nécessaire pour contrecarrer le Titanic Agricole, nous sommes cependant témoins de la germination fructueuse des graines de possible, générées par les actions de Kokopelli, grâce au soutien de tous ceux qui nous ont rejoints pour “porter” le flambeau des Semences de Vie. Ensemble, en fertilisant les consciences, nous ensemencerons l’avenir.

Dominique Guillet - Octobre 2007

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