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Guide des initiatives de transition

Comment mettre en œuvre la transition d’une commune, d’un quartier, d’une ville, d’un village, et même d’une île

mercredi 25 juin 2008, par Leverbal

Ce texte est une version synthétique du document d’origine.
Une version complète est en cours de traduction.
Pour participer à la traduction, inscrivez-vous sur http://groups.google.fr/group/objectif-resilience?hl=fr

Introduction

En réponse à la double pression du pic pétrolier et du changement climatique, quelques communes pionnières au Royaume Uni, en Irlande et ailleurs ont adopté une approche fédératrice et globale pour réduire leur bilan carbone et mieux se préparer aux bouleversements qui accompagneront le pic pétrolier.

Ce document propose un tour d’horizon de ces initiatives dont le but est de bâtir un futur moins gourmand en énergie et d’améliorer le niveau de résilience d’une commune.

Il est diffusé par le réseau Transition Network, une association créée récemment pour faire connaître le travail inauguré par Kinsale, Totnes et les premiers adhérents au Modèle Transition.

Notre vocation est d’encourager, d’informer, de soutenir, de relier et de former des communes afin qu’elles se sensibilisent, puis adoptent et mettent en pratique une Initiative de Transition. Nous mettons actuellement en place toute une gamme de supports, de formations, d’évènements, d’outils et de techniques ainsi qu’une plateforme d’assistance pour venir en aide à ces communes.

Nous n’en sommes qu’aux premiers jours, une longue route nous attend. Mais nous savons à quel point la tâche est immense, et nous sommes prêts à y mettre tous les moyens possibles. Le récent apport de la compagnie Tudor nous a fourni des bases solides pour travailler.

Pourquoi les Initiatives de Transition sont nécessaires ?

Deux des défis les plus difficiles auxquels l’humanité doit s’attaquer en ce début de XXIème siècle sont le changement climatique et le pic pétrolier. Cet état de fait repose sur de nombreuses études et est de plus en plus médiatisé. Néanmoins le problème du pic pétrolier demeure sous évalué par la majorité de la population. Annonçant l’ère du déclin des ressources en énergie fossile, le pic pétrolier est un défi pour la stabilité économique et sociale. Il est essentiel de le relever si nous voulons atténuer les menaces que le changement climatique fait peser sur nous.

Les Initiatives de Transition en cours actuellement au Royaume Uni et ailleurs représentent une voie très prometteuse d’engagement des populations dans les actions ambitieuses que requière la réduction des effets du pic pétrolier et du changement climatique.

En outre, ces efforts de relocalisation sont conçus pour développer un cadre de vie plus épanouissant, aux liens sociaux plus forts et plus équitables.

Le Modèle de Transition, qu’est-ce que c’est ?

Le Modèle de Transition est un ensemble de principes et de pratiques formées à partir des expérimentations et des observations des communes lorsqu’elles ont commencé à travailler sur la résilience locale et la réduction des émissions de CO2.

Les points suivants sont développés plus en détail dans la suite du document, et ne sont regroupés ici que pour une rapide vue d’ensemble.

Prise de conscience préalable

Etre en accord avec le Modèle de Transition suppose d’approuver les points suivants :

-  Le changement climatique et le pic pétrolier nécessitent d’agir de façon urgente

-  Vivre en consommant moins d’énergie est inévitable et il est préférable de s’y préparer plutôt que de se laisser prendre au dépourvu

-  Les sociétés industrialisées ont perdu la résilience nécessaire pour affronter les chocs énergétiques

-  Nous devons agir ensemble, et nous devons le faire dès maintenant

-  Le modèle d’économie et de consommation qui accompagne la mondialisation, à savoir une croissance infinie dans un monde fini, est physiquement impossible.

-  Nous avons développé des trésors d’ingéniosité et d’intelligence dans la course à l’énergie durant les 150 dernières années. Il n’y a aucune raison pour que nous ne soyons pas capables d’en faire autant, et même davantage, dans la descente énergétique qui nous attend après le pic.

-  Si nous nous préparons suffisamment tôt, en libérant nos forces de création et de coopération, nous pourrons avoir un futur plus enrichissant, épanouissant, convivial et accueillant que ce que nous offrent nos styles de vie actuels.

Les 7 « Mais »

La perspective d’un changement difficile et d’actions ambitieuses crée souvent chez les humains des barrières émotionnelles et psychologiques qui les empêchent de les accomplir. Les 7 « Mais » analyse et déconstruit ce que nous avons pu observer de plus typique comme freins au changement.

Les 12 Etapes de la Transition

Ce sont tous les éléments qui nous sont apparus comme incontournables pour toute Initiative de Transition. Chaque commune peut s’approprier ses étapes en les adaptant et les ordonnant comme bon lui semble.

Il ne s’agit pas d’une liste de prescriptions obligatoires, mais de ce qui nous a semblé fonctionner après avoir vécu et examiné plusieurs Initiatives de Transition. Elle évoluera certainement en fonction de ce que nous apprendra encore la façon dont chaque commune relève le challenge.

Le réseau Transition Network

Le réseau est un catalyseur. Il encourage, soutient, forme et met en relation les communes, leur approche et leur application de leur propre version du Modèle.

Les critères de mise en œuvre de votre Initiative de Transition
Nous avons établi un ensemble de critères qui nous permettent de savoir si une commune est plus ou moins prête à se lancer dans l’aventure de la décroissance énergétique. Si vous réfléchissez à l’application du Modèle de Transition pour votre commune, jetez un œil à cette liste et faites un état des lieux. S’il vous manque des éléments, cela vous aidera à savoir sur quoi il faudra vous concentrer lorsque vous commencerez à rassembler les énergies et les personnes autours de votre initiative.

Nous avons ajouté cette approche un peu plus formelle des critères que doit remplir une ville ou un village en transition pour plusieurs raisons :

-  Nos donateurs veulent s’assurer que si nous aidons des projets embryonnaires, nous ne reconnaissons comme officiels que les communes que nous jugeons prêtes à être sensibilisées. Cette reconnaissance s’accompagne d’un ensemble de moyens mis à disposition, tels que cours, intervenants, wiki et forum régulièrement mis à jour.

-  Pour mettre au point des campagnes coordonnées, nous avons besoin de catégories bien établies d’Initiatives de Transition pour être certains qu’elles pourront s’y impliquer et les mettre en œuvre.

-  Nous avons déjà vu une commune abandonner une initiative, parce qu’elle ne semblait pas avoir le bon état d’esprit ou former un groupe assez soudé, et n’avait pas vraiment réalisé dans quoi elle s’était engagée.

-  Les fonctions des Initiatives de Transition Locales, des Réseaux de Transition Locaux ou bien des Réseaux Temporaires d’Initiation sont très différents et doivent être discutés dès le début (voir plus bas).

Les critères

Ces critères sont en constante évolution et ne sont pas du tout gravés dans le marbre.

1. La compréhension de ce qu’est le pic pétrolier et le changement climatique comme fils conducteurs (à formaliser dans les statuts du groupe)

2. Un groupe de 4 ou 5 individus disposés à occuper des postes de leader (pour ne pas s’appuyer sur l’enthousiasme débordant d’une seule personne)

3. Au moins deux personnes de l’équipe fondatrice en mesure de suivre une formation de deux jours.

4. Des possibilités de jonction avec l’équipe municipale

5. Une compréhension préalable des 12 étapes

6. S’engager à demander de l’aide lorsque cela est nécessaire

7. S’engager à mettre à jour régulièrement les informations concernant votre Initiative de Transition sur Internet, sur le wiki existant ou sur votre propre site

8. S’engager à écrire quelque chose sur le blog des Villes en Transition une fois tous les deux mois

9. Une fois que la Transition est amorcée, s’engager à ce que votre groupe fasse au moins deux présentations à d’autres communes (dans les environs) qui souhaiteraient s’engager dans l’aventure. Une présentation du type « Voilà ce que nous avons fait » ou « Voilà comment ça c’est passé pour nous ».

10. S’engager à établir des liens avec d’autres communes en Transition

11. Le moins de conflit d’intérêt possible dans l’équipe fondatrice

12. S’engager à participer au travail de recherche de fonds qu’effectue le réseau Transition Network pour l’ensemble du réseau. Vous êtes libres de disposer à votre guise de vos subventions locales.

13. S’engager à œuvrer pour la cohérence de toute votre initiative

14. Etre en accord avec le fait qu’avant de penser à lancer dans la transition une circonscription ou un département entier, le premier travail à faire est dans votre commune. Il est possible qu’un groupe de coordination se crée lorsqu’un nombre suffisant de communes en transition existe dans votre région, mais cela doit se faire naturellement, et ne pas être imposé. Ce point intervient en réponse à certaines instances voulant engager dans la transition leur département plutôt que leur commune locale.
Dans des situations exceptionnelles, lorsqu’un reséau de coordination ou un reséau d’initiatives devient nécessaire, ce reséau a pour tâche de s’assurer que toutes les initiatives démarrant dans leur région respectent bien tous ces critères.
Plusieurs autres critères s’appliquent au reséau, cela peut être discuté au cas par cas.

15. Pour finir, nous recommandons qu’au moins une personne de l’équipe fondatrice ait suivi un cours de permaculture… Il semble que cela fasse vraiment une différence.

Une fois que vous pourrez montrer au réseau Transition Network que vous avez travaillé sur ces critères et que vous êtes prêts à vous lancer dans votre Transition, vous accèderez à tout un ensemble de choses formidables, telles que assistance, conseils, supports, espace web, formations, mise en réseau et recherches de fonds communes.

Vous n’avez qu’à ouvrir la porte… les coordonnées sont regroupées à la fin de ce document.

Concrétiser votre Initiative de Transition – Les 7 « Mais »

Si vous êtes arrivez jusqu’ici, c’est que vous pensez qu’une Initiative de Transition pourrait être appropriée à votre commune.
Les 12 étapes vous donneront un plan de route pour cette aventure, « mais » avant cela vous devrez vous confronter aux obstacles préalables (réels et imaginaires) qui vous attendent. Nous les appelons « Les 7 Mais ».

Mais nous n’avons pas d’argent

Ce n’est vraiment pas un problème. L’argent est un piètre substitut à l’enthousiasme et l’engagement commun, qui vous soutiendront tout au long des premières phases de votre Transition. Les donateurs ou financeurs peuvent de surcroit exiger un moyen de contrôle et diriger à terme l’Initiative dans une direction allant à l’encontre des intérêts de la commune.

Nous vous montrerons comment vous pouvez vous assurer que vos démarches génèrent une source de revenu adéquate. Nous ne parlons pas de fortunes, votre Ville en Transition ne sera jamais côté en bourse. Max Lindeggar, designer d’éco-village, disait : « Si un projet ne fait pas de bénéfices, il subira une perte. »

La Ville en Transition de Totnes débuta en septembre 2005 sans un centime, et s’est toujours autofinancée depuis. Les conférences et projections que nous avons organisées ont rapporté l’argent nécessaire pour subventionner des projets gratuits, comme les colloques. Vous arriverez à un point où certains projets ne pourront se faire sans financement, mais avant cela, vous aurez déjà de quoi faire. Restez maître de la situation, ne laissez pas le manque de moyens vous bloquer.

Mais ils ne nous laisseront pas faire…

Certaines personnes ont cette peur que n’importe quelle initiative qui réussit à changer les choses va être contrecarrée, supprimée, attaquée par des bureaucrates ou des sociétés sans visage. Si cette peur est assez forte pour vous retenir de faire quoi que ce soit, si la seule action que vous voulez avoir est d’abandonner vos forces à de vagues « ils », alors vous ne lisez sans doute pas le bon document. D’un autre côté, les Villes en Transition opèrent « en douce », sans faire de victimes ou se faire d’ennemis. En tout cas, elles ne semblent pas attirer l’ire d’une quelconque institution.

En revanche, avec l’effort des entreprises pour le développement durable et la prise de conscience du changement climatique, vous serez surpris de voir combien de personnes en position de pouvoir seront enthousiastes et inspirées par ce que vous ferez, et plutôt que de vous nuire, vous aiderons dans vos efforts.

Mais il y a déjà des groupes écologistes dans cette ville, je ne veux pas marcher sur leur platebandes

Nous reviendrons plus en détail sur ce point à l’étape 3. Quoi qu’il en soit, vous seriez vraiment malchanceux si vous deviez rencontrer une « guerre de territoire ». Tout ce que fera votre Initiative de Transition, c’est de concevoir une action concertée et un but commun des groupes existants. Certains apprécieront sans doute beaucoup ce nouvel apport d’énergie. Assurer la liaison d’un réseau de groupes existants autours d’un plan d’action pour la descente énergétique renforcera et concentrera leurs travaux, davantage que les reproduire ou les remplacer. Aspirez à ce qu’ils fassent partie de vos meilleurs alliés, cruciaux pour le succès de votre Transition.

Mais personne ne se soucie de l’environnement dans cette ville…

Avoir une telle idée est facilement excusable, lorsque l’on prend en compte ce que l’on peut percevoir autours de nous comme une culture d’apathie consumériste. Mais gratter un peu sous la surface, et vous découvrirez que les personnes les plus inattendues sont de fervents défenseurs d’éléments clé d’une Initiative de Transition – alimentation, déchets, histoire et culture locales.

Le secret est d’aller à leur rencontre, plutôt que d’espérer qu’ils viennent à vous. Rechercher ce que vous avez en commun, et vous verrez que votre commune est un endroit bien plus intéressant que ce vous vous imaginiez.

Mais il est sûrement trop tard pour faire quelque chose… ?

Il est peut-être trop tard, mais il est plus probable que non. Ce qui veut dire que les efforts de chacun sont absolument vitaux.

Ne laissez pas le désespoir saboter vos efforts. Comme Vandana Shiva le disait, « L’incertitude de notre époque n’est pas une raison pour être certain de désespérer. »

Mais je n’ai pas les qualifications…

Si vous vous ne le faites pas, qui le fera ? Peu importe que vous n’ayez pas un doctorat en décroissance soutenable, ou des années d’expérience en jardinage ou en planification. L’important est que vous vous souciez de votre lieu de vie, que vous voyez la nécessité d’agir, et que vous êtes ouvert à de nouvelles façons de faire participer les gens.

S’il fallait donner un profil pour le poste à quelqu’un qui découvrirait le projet, cela donnerait une liste de quelques qualités :

-  Positif

-  Sociable

-  Une connaissance de base du lieu et de quelques personnes clés de la ville

Finalement, c’est à vous de trouver votre propre manière d’arriver à la première étape. Votre rôle à ce niveau est comme celui d’un jardinier qui prépare le sol pour le jardin à venir, que vous soyez là ou non lorsqu’il poussera.

Mais je n’ai pas l’énergie pour faire ça !

On attribue à Goethe la devise suivante : « Tout ce que vous pouvez faire ou rêver de faire, commencez-le. Il y a du génie, du pouvoir et de la magie dans l’audace ! » Commencer une Initiative de Transition est une expérience qui le confirme. Quand bien même l’idée de préparer votre village (ou votre ville, quartier, vallée, île) à une vie après le pétrole peut vous sembler impressionnante de par ses implications, il y a quelque chose d’indéfectible dans l’énergie libérée par le processus d’une Initiative de Transition.

Vous pouvez vous sentir débordé par la perspective du travail à accomplir et sa complexité, mais les gens se manifesteront pour vous aider. En fait, beaucoup parlent des coïncidences qui accompagnent ce projet, et de la manière dont les bonnes personnes arrivent au bon moment. Il y a quelque chose dans l’audace, dans le passage du « pourquoi personne ne fait rien » au « faisons quelque chose » qui génère l’énergie suffisante pour continuer à avancer.

Très souvent, développer des initiatives environnementales est un peu comme pousser une voiture à plat en haut d’une colline ; difficile, ingrat. Une Ville en Transition, c’est lorsque l’on commence à descendre de l’autre côté – la voiture avance plus vite que ce que vous vous y attendiez, accélérant tout le temps. Une fois que vous avez donné le dernier coup en haut de la colline, elle développe son propre élan. Ça ne veut pas dire que le travail n’est pas difficile parfois, mais c’est toujours un plaisir.

Les 12 étapes de Transition

Ces 12 étapes se sont dessinées d’après les observations faites de ce qui semblait fonctionner dans le travail des premières Initiatives de Transition, en particulier à Totnes.

Elles ne doivent pas être vues comme des prescriptions. Chaque projet peut les assembler de façon unique, en ajouter certaines et en écarter d’autres. Quoi qu’il en soit, elles offrent ce que nous pensons être les éléments clés de votre aventure. Nous espérons qu’elles vous aideront pendant les premières années de votre travail.

N°1. Mettre en place un groupe de pilotage et planifier sa dissolution, dès le départ

Il s’agit de mettre en place une équipe de base pour piloter le projet durant les premières phases.

Nous recommandons de créer un groupe de direction ayant pour objectif de mener à bien les étapes 2 à 5. Une fois qu’un minimum de quatre sous-groupes est formé, le groupe de direction est dissout et reformé avec une personne représentante de chaque groupe. Ceci demande une certaine humilité, mais c’est un point très important pour garantir le succès du projet au-delà des engagements personnels. Au final, votre groupe de direction devrait être constitué des représentants de chaque sous-groupe.

N°2 Sensibilisation

Cette étape vous permettra d’identifier vos alliés clé, de construire des réseaux les plus essentiels et de préparer la commune en général au lancement de votre Initiative de Transition.

Pour qu’un véritable plan de décroissance énergétique évolue, ces participants doivent avoir conscience des effets potentiels du pic pétrolier et du changement climatique, nécessitant d’une part une campagne pour accroître la résilience de la commune et d’autre part une réduction de son bilan carbone.

Les projections de films accompagnées de débats avec des panels d’« experts » répondant aux questions sont très efficaces. (Une liste des films est disponible en annexe).

Des conférences d’experts dans les domaines du changement climatique, du pic pétrolier et des solutions pour les communes peuvent être très encourageantes.

Des articles dans la presse locale, des interviews à la radio locale, des présentations à des groupes existants, y compris dans des écoles, font aussi une partie de la boîte à outil permettant de conscientiser les gens et de les amener à penser aux solutions.

N°3 Jeter les fondations

Il est temps de se mettre en réseau avec les groupes et activistes existants, d’exposer clairement le fait que l’Initiative de Transition est destinée à incorporer leurs efforts passés et futurs, en regardant l’avenir avec une nouvelle approche. Tout en reconnaissant et en faisant honneur au travail qu’ils accomplissent, insistez sur le fait qu’ils ont un rôle vital à jouer.

Donnez leur un état des lieux concis et accessible du pic pétrolier, ce qu’il signifie, comment il est relié au changement climatique, comment il va affecter votre commune, ainsi que les challenges clés qu’il présente. Exposez vos idées sur la façon dont une Initiative de Transition permettrait d’agir comme un catalyseur, pour faire que la commune explore des solutions et amorce une réflexion sur les principales stratégies d’atténuation.

N°4 Organiser un Grand Déchaînement

Cette étape permet de créer un évènement mémorable qui marquera le « passage à l’âge adulte » de votre projet, d’impliquer une large partie de la commune, de donner l’élan nécessaire pour propulser votre Initiative dans les phases à venir, et de fêter le désir de votre commune de passer à l’action.

En termes de timing, nous estimons que le mieux est de s’y prendre entre six mois et un an après votre première projection de sensibilisation.

Le Grand Déchaînement de la Ville en Transition de Totnes a eu lieu en septembre 2006, après dix mois de débats, projections et autres évènements.

En ce qui concerne le contenu, votre Grand Déchaînement devra inciter les gens à se focaliser sur le pic pétrolier et le changement climatique, en se disant « nous pouvons y faire quelque chose » plutôt qu’en déprimant.

Un élément que nous avons vu très bien fonctionné est la présentation des barrières pratiques et psychologiques face au changement – après tout, il s’agit d’un travail de tout un chacun.

Il ne s’agit pas uniquement de prises de parole, cela peut inclure de la musique, un buffet, un opéra, du break dance, ou quoi que ce soit qui reflète le mieux l’intention de votre commune de s’embarquer dans cette aventure collective.

N°5 Former des groupes de travail

Une partie du processus de développement d’un Plan d’Action de Décroissance Energétique est à puiser dans le génie collectif de la commune. Pour cela, le point crucial est de créer des groupes plus petits qui se concentrent sur des aspects spécifiques du processus. Chaque groupe développera ses propres façons de travailler et ses propres activités, tout en restant en lien avec le projet dans son ensemble.

Idéalement, les groupes de travail sont nécessaires pour tous les aspects de la vie qui doivent être pris en compte pour que votre commune se maintienne et prospère. Voici quelques exemples : alimentation, déchets, énergie, éducation, jeunesse, économie, transports, eau, municipalité.

Chacun de ses groupes étudiera un de ces aspects et essaiera de déterminer les meilleures solutions pour élaborer la résilience de la commune et réduire son bilan carbone. Ces solutions formeront l’épine dorsale d’un Plan d’Action.

N°6 Utiliser des open space

Il nous semble que le principe de l’open space est une approche très efficace pour mener des réunions d’Initiatives de Transition.

En théorie, ça ne devrait pas marcher. Un grand groupe de personnes qui se réunissent pour explorer un sujet particulier, sans ordre du jour, sans agenda, sans coordinateur désigné et sans preneur de notes…

Pourtant, nous avons fait tourner séparément des open space pour l’alimentation, l’énergie, l’habitat, l’économie et la psychologie du changement. A la fin de chaque réunion, chacun avait dit ce qu’il avait à dire, des notes complètes avaient été prises puis tapées, de nombreuses connexions s’étaient mises en place, et un nombre énorme d’idées et de visions avaient été listées et définies.

Des livres en anglais sur le principe des réunions en open space existent. Le principal s’intitule Harrison Owen’s Open Space Technology : A User’s Guide. Dans les outils de référence se trouve également le précieux Peggy Holman and Tom Devane’s The Change Handbook : Group Methods for Shaping the Future.

N°7 Développer des manifestations pratiques et visibles de votre projet

Il est essentiel que vous évitiez toute représentation de votre projet comme une simple boutique à palabres où les gens s’assoient en rond et font des listes de vœux pieux. Votre projet à besoin, dès le début, de créer dans votre commune des manifestations pratiques et très visibles. Cela améliorera de manière significative la perception qu’auront les gens du projet et augmentera aussi leur volonté de participer.

Il y a un équilibre difficile à atteindre ici au cours de ces premières étapes. Vous devez montrer des progrès visibles, sans pour autant vous embarquer dans des projets qui n’ont pas complètement leur place dans le Plan d’Action.

A Totnes, le groupe Alimentation a lancé un projet appelé « Totnes – capitale britannique du noyer », qui vise à installer autant d’arbres à noix comestibles que possible dans la ville. Avec l’aide de la mairie, nos avons récemment planté plusieurs arbres dans le centre de la ville, et en avons fait une grande manifestation.

N°8 Stimuler la Grande Requalification

Si nous devons répondre au pic pétrolier et au changement climatique en baissant notre consommation d’énergie et en relocalisant notre commune, alors nous avons besoin des nombreux savoirs-faires acquis par nos grands-parents. Une des choses les plus utiles que peut faire une Initiative de Transition est d’inverser la « Grande Déqualification » de ces 40 dernières années en proposant d’apprendre une bonne partie de ces savoirs-faires.

Effectuer des recherches auprès des membres les plus anciens de notre commune est instructif – après tout, ils ont vécu avant les dérapages de la société de consommation et ils savent à quoi peut ressembler une société avec moins d’énergie. Voici quelques exemples d’enseignements :

La réparation, la cuisine, les cycles de maintenance, le bâtiment « naturel », l’isolation, la teinture, la chasse aux herbes, le jardinage, les bases de l’efficacité énergétique d’une maison (la liste est sans fin).

Votre programme de Grande Requalification donnera aux gens une représentation puissante de leurs propres capacités à résoudre les problèmes, d’arriver à des résultats concrets et de travailler en coopération avec d’autres personnes. Ils apprécieront aussi le fait qu’apprendre peut être franchement sympa.

N°9 Créer un pont avec la municipalité

Quel que soit le degré de mobilisation que votre Initiative de Transition parvient à générer, quel que soit le nombre des projets concrets que vous avez entrepris et aussi merveilleux que soit votre Plan de Descente Energétique, vous ne progressez jamais très loin sans cultiver une relation positive et productive avec les autorités locales. Qu’il s’agisse de questions de planification, de financement ou de fournir des contacts, vous en aurez besoin. Contrairement à ce que vous imaginez, il se pourrait bien que vous vous retrouviez en train d’enfoncer une porte ouverte.

Nous sommes en train d’étudier comment nous pourrions présenter un Plan d’Action de Descente Energétique pour Totnes dans un format similaire à l’actuel Plan de Développement de la Commune. Peut-être qu’un jour les membres du conseil seront assis à une table avec deux documents devant eux - un Plan classique d’un côté et un joli Plan d’Action de Descente Energétique de l’autre. Début 2008, le prix du baril frisait avec les 100$. Les planificateurs regarderont un document, puis l’autre, et concluront que seul le Plan d’Action de Descente Energétique aborde effectivement les défis auxquels ils sont confrontés.

N°10 Honorer les Anciens

Pour ceux d’entre nous qui sont nés dans les années 60 lorsque le baril bon marché était en plein boom, il est difficile de se représenter une vie avec moins de pétrole. A chaque année de ma vie (en dehors des années de crise des années 70), la consommation d’énergie n’a fait qu’augmenter par rapport à l’année précédente.

Pour concevoir une image réelle d’une société consommant moins d’énergie, nous devons avancer avec ceux qui peuvent se remémorer cette transition vers l’âge du pétrole bon marché, et en particulier la période entre 1930 et 1960.

Même si vous souhaitez clairement éviter l’impression que ce que vous préconisez est une régression ou un retour vers une espèce de passé flou et lointain, il y a beaucoup à tirer de la façon dont les choses ont été faites, de découvrir les liens invisibles qui unissaient les différents éléments de la société, et comment se passait la vie au quotidien. Savoir tout cela peut être très éclairant, et permet de renforcer les sentiments qui nous lient aux lieux où nous développons nos Initiatives de Transition.

N°11 Laisser aller là où cela veut aller…

Bien que vous puissiez commencer le développement de votre Initiative de Transition avec une idée bien précise de là où elle va aller, elle va inévitablement aller ailleurs. Si vous essayez de vous en tenir à une vision rigide, elle commencera à saper votre énergie et vous fera décrocher. Votre rôle n’est pas de mettre au point toutes les réponses, mais d’agir pour la commune comme un catalyseur à la conception de leur propre transition.

Si vous restez attentif aux principaux critères - bâtir la résilience de la commune et réduire son bilan carbone - vous verrez comme le génie collectif de la commune permet de faire émerger une solution faisable, réaliste et très inventive.

N°12 Créer un Plan de Descente Energétique

Chaque groupe de travail aura déjà été orienté vers des actions pratiques pour accroître la résilience de la commune et réduire son bilan carbone.

Ensemble, les mesures qui en résulteront formeront le Plan d’Action de Descente Energétique (PADE). C’est là que le génie collectif de la commune aura conçu son propre avenir, pour prendre en compte les menaces potentielles du pic pétrolier et du changement climatique.

Le processus de construction d’un PADE n’est pas trivial. Il évolue en fonction de ce que nous apprenons sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

Indicateurs de résilience

Cette partie introduit la notion « d’indicateurs de résilience », qui mérite d’être définie. La résilience est la capacité d’un système ou d’une commune à résister aux impacts de son environnement extérieur. Des indicateurs permettent de la mesurer.

En général, la façon la plus simple de mesurer la réduction d’un bilan carbone se fait par celle des émissions de CO2. Toutefois, nous croyons fermement que réduire le bilan carbone tout en omettant de renforcer la résilience est une réponse insuffisante lorsqu’on essaie de traiter à la fois le pic pétrolier et le changement climatique.

Alors, comment faire pour déterminer si la résistance de l’organisme en question augmente ?

Les indicateurs de résilience pourraient ressembler à ce qui suit :

-  le pourcentage de nourriture produite localement

-  le pourcentage de monnaie locale en circulation sur le total de la monnaie en circulation

-  le nombre d’entreprises appartenant à des propriétaires locaux

-  le trajet moyen domicile-travail des personnes travaillant dans la ville

-  le trajet moyen domicile-travail des personnes habitant la ville mais travaillant ailleurs

-  le pourcentage d’énergie produite localement

-  le nombre de bâtiments construits en matières renouvelables

-  la proportion de produits de base fabriqués au sein de la commune dans un rayon d’action donné

-  la proportion de déchets compostables effectivement compostés

Certains indicateurs peuvent s’appliquer universellement, mais beaucoup d’autres seront spécifiques à votre situation et émergeront du processus du PADE. Nous continuons de travailler sur un ensemble complet d’indicateurs universels de résilience et nous les publierons sur le réseau dès qu’ils seront prêts.

Le Plan d’Action de Descente Energétique

Pour la petite histoire, certaines personnes dans les communes en transition appellent cela une « voie » ou une « vision », plutôt qu’un « plan ».

En substance, le PADE va dresser un portrait de la commune si coloré, si séduisant, si irrésistible, que tout ceux qui ne seront pas impliqués dans sa fructification risque de se sentir dépourvus de but dans la vie.

Et voici comment le faire (d’après ce que nous avons pu constater jusqu’à présent) :

1. Établir la ligne directrice : rassembler les informations concernant votre commune relatives à chacun des groupes de travail : les terres arables, les transports, le système de santé, les sources d’énergie renouvelables, les capacités de fabrication textile, les matériaux de construction. Cela pourrait bien avoir été fait au cours des premières activités des groupes de travail.

2. Obtenir le Plan Local d’Urbanisme rédigés par les élus locaux. Leurs plans sont susceptibles d’avoir des plannings et des éléments que vous devez prendre en compte.

3. Imaginer une vision globale qui concerne la commune dans son ensemble. A quoi cela ressemblerait, dans 15 ou 20 ans, si nous émettions radicalement moins de CO2, si nous réduisions de façon drastique notre consommation d’énergie non renouvelable, et si nous étions en bonne voie pour reconstruire la résilience dans tous les aspects fondamentaux de la vie ?

4. Zooms de vision globale : établir, pour chacun des groupes de travail, à quoi ressemblerait en détail la partie qui les concerne, dans les mêmes conditions qu’au point 3.

5. Rétroplanning détaillé : les groupes de travail dressent une liste chronologique des étapes, les préalables, les activités et les processus qui doivent être mis en place pour atteindre leur vision. C’est le moment de définir les indicateurs de résilience qui indiqueront si le travail se fait efficacement.

6. Les Contes de la Transition : le groupe des Contes de la Transition rédige des articles, des histoires, des images et des représentations de la vision, de comment y parvenir et de ce qui pourrait se produire en cours de route.

7. Rassembler les rétroplannings dans un tableau d’ensemble : un tableau d’ensemble vous assurera que, par exemple, trois groupes n’aient pas trois projets différents pour le même parking – comme le transformer en potager, en panneau solaire géant ou en éco-village. Ce tableau permettra aux groupes d’adapter et d’harmoniser leurs calendriers.

8. Créer la première mouture du PADE : fusionner le tableau d’ensemble et les Contes de la Transition en un seul ensemble cohérent, et faites le passer à tout le monde pour réexamen et consultation.

9. Finaliser le PADE : intégrer les retours de tous dans le PADE. Soyons réalistes : ce document ne sera jamais « définitif » - il sera continuellement mis à jour et amélioré, lorsque les conditions changeront ou que de nouvelles idées émergeront.

Il s’agit d’un processus vivant, et nous ne savons pas à quel point il s’approche de ce que chaque groupe a réellement vécu.

Le réseau Transition Network est en train de rédiger des documents pour faciliter ce processus en fournissant plusieurs éléments standards (notamment des indicateurs de résilience, et, si possible, une chronologie générale couvrant l’énergie, le climat, l’alimentation etc.)

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