Design Kerbrehouet

C’est un terrain magnifique où se situe les ruines d’un vieux manoir (en cours de restauration), l’impression qui m’a envahie en marchant vers la maison était proche de celle que je ressens en poussant les portes d’une église. Des pierres de granit énormes, des voûtes impressionnantes, tout cela dissimulé par des arbres et avec vue sur la vallée. Les gens du coin, fort sympathiques et accueillants, m’ont dit de rester discret sur l’existence de ce petit coin, je resterai donc fidèle à ma parole…;)

Un aménagement en permaculture est toujours le fruit d’une rencontre:

 entre le designer et les habitants:

 entre des besoins et des envies personnelles et une méthode d’aménagement éthique dont les stratégies et techniques doivent s’adapter aux habitants (mieux vaut un aménagement moins ambitieux qu’un découragement)

 entre un état des lieux présent et une vision d’avenir possible.

Les principes de la permaculture offrent un cadre éthique (donc écologique;) et fonctionnel à cet aménagement, la mise en oeuvre dépendant entièrement du bon vouloir des habitants, les changements devront porter en eux leur vision plus personnelle. Je ne viens, pour ma part, que pour proposer mon expérience, aussi modeste soit-elle, afin de guider mes hôtes vers un aménagement en permaculture. Au final, je crois leur avoir fait éviter certaines erreurs et grandement facilité l’appréhension des lieux.

De surcroît, un aménagement représente un coût, que ce soit en terme de finance, d’énergie ou de main d’oeuvre, il dépend donc de la disponibilité et des ressources des occupants. L’objectif étant principalement de faire en sorte que le « design » permette au système de produire plus en réduisant ses besoins et son impact sur l’environnement. Par exemple, un bon aménagement réduira un maximum l’entretien, l’achat de produits extérieurs (fruits, légumes, miel etc…), l’utilisation d’énergies fossiles, l’utilisation de l’eau du réseau…. tout en préservant la biodiversité et en réduisant l’impact des activités humaines sur le lieu. Sans oulier la création d’un cadre de vie sain et agréable pour ses occupants.

Je suis intervenu trois jours et j’ai tenté de faire de mon mieux dans ce laps de temps, nous essayons de manière générale d’organiser une semaine pour être plus exhaustif. J’ai dû abandonner le calcul des coûts, des distances et du nombre exact d’arbres à implanter pour occuper l’espace le plus efficacement possible.

Ici, je ne détaillerai pas les besoins et envies des occupants, cela ne regarde qu’eux. J’ai proposé un « design » global avec des zones plus détaillées, qui, dans le cas du pôtager et du verger, ne sont que des suggestions à adapter à leur convenance (en terme de temps, de goût, de complexité…).

Tous les aménagements prévus tiennent compte, d’abord des occupants, puis de la flore et la faune locale, de l’exposition, des différents micro-climats, des distances, du sens de la pente etc…

Brièvement, quelques points clés de l’aménagement proposé

 N’ayant pas d’activités agricoles et la superficie étant importante, nous avons opté pour du pâturage et des chevaux: donc clôtures et utlisation de bâtiments déjà présents pour les écuries. L’ensemble des aménagements n’a pas été prévu pour atteindre une autonomie quelconque, les habitants sont des consommateurs raisonnés et actifs, ils ont donc peu de temps à consacrer à différentes cultures.

 Les occupants avaient prévu un jardin de type « japonais » au sud-sud-ouest des habitations, j’ai choisi des essences tropicales adaptées à nos climats et préconisé l’installation d’une haie pour délimiter l’espace avec la forêt (beaucoup de connifères).

 J’ai bien sûr insisté sur l’implantation de quelques espèces pionnières ici et là.

 Le terrain étant en pente, j’ai insisté sur l’importance de garder l’eau sur le site et de ne pas la laisser dévaler la pente (érosion, fuite des nutriments). D’où l’installation d’une mare en bas des habitations et la création d’un talus surplombé d’une haie champêtre (essences de feuillus locaux principalement).

 La future maison aura une grande baie vitrée donnant au sud, un point d’eau y sera créé en utilisant l’eau de pluie, un circuit fermé pour alimenter une légère cascade (pompe 12v solaire), ainsi qu’un trop plein allant dans la mare.

 Toute l’eau de toiture devrait se retrouver dans la mare en bout de circuit.

 L’emplacement du verger était déjà pré-déterminé, j’ai suggéré un plan de verger plus ou moins traditionnel mais insisté sur la nécessité de faire avec les savoir-faires locaux (disponible à travers un de leurs amis ou une association dédiée). J’y ai ajouté quelques ruches, soit pour la bio-diversité simplement, soit pour la production de miel si les occupants sont suffisamment motivés.

 En terme d’énergie, j’ai fait quelques suggestions sur lesquelles JP et P n’étaient pas encore décidés. Beaucoup de ces solutions nécessitent un niveau de bricolage très avancé ou des investissements conséquents (il existe cependant des groupements d’achats pour le solaire photovoltaïque et thermique notamment).

 J’ai suggéré l’emplacement du pôtager proche des bâtiments, de la source d’eau et le long du passage. J’ai suggéré un fonctionnement simple aux occupants qui débutent en la matière.

 J’ai aussi suggéré quelques aménagement pour la cour carrée afin de profiter du micro-climat qui y régnait tout en harmonisant avec les désirs et l’indécision des habitants.

 L’un des occupants étant architecte, à part quelques suggestions concernant les matériaux et les énergies, j’ai laissé mes compétences d’amateur auto-contructeur au vestiaire.

 J’ai suggéré à JP et P de faire de l’acceuil à la belle saison pour les aider à mettre en oeuvre et entretenir le projet. L’idée semble mûrir dans leur tête.

 L’installation de toilettes sèches et d’une douche solaire est envisageable pour l’espace collectif auquel la grange se prête bien.

 J’ai bien sûr conseillé des outils et des ressources documentaires à mes hôtes pour accompagner l’évolution du projet.

 Je leur ai proposé une planification sur deux ans pour l’installation et l’entretin des principaux éléments du design.

 Bien sûr, je me tiens à leur disposition pour des conseils supplémentatires, des remarques et le service après-vente ;);)

Nous avons passé un très bon week-end instructif et inspirant, les hôtes avaient de nombreuses relations localement et avaient, entre autre (car nous avons passé la soirée du samedi à un fest-noz local), convié Mme le maire ainsi que quelques autres convives à venir discuter permaculture le dimanche soir. Les discussions furent agitées et enrichissantes pour tous, la soirée fut très agréable et je rend encore hommage au savoir-faire de JP et P.

Mes hôtes m’ont assuré de leur satisfaction et j’étais moi même satisfait du travail que j’avais accompli en trois jours. Nous en reparlerons régulièrement et nous verrons bien dans 5 ans quels remarques nous pourrons faire.

Voici le terrain, été 2010, toutes les indications sur ce plan se retrouve sur les autres (calques), elles indiquent les utilisations faites du lieu avant mes suggestions (comme le compost etc…):

Les Zones (elles peuvent aussi servir de repère pour l’implantation de nouvelles structures):

Haies et clôtures:

L’eau:

Zone I (autour de la maison)

Suggestion de pôtager simple en buttes (adapté au site):

Un verger possible avec rucher:

avril 29, 2010